
Le cookie tiers n'a pas disparu de Chrome, mais son usage recule depuis plusieurs années. Entre le blocage par défaut chez Safari et Firefox, la progression des bloqueurs de publicité et le refus de consentement RGPD, 20 à 30 % du trafic web serait déjà effectivement cookieless en 2026 selon les estimations disponibles. Dans ce contexte, la donnée first-party, celle qu'une entreprise collecte directement auprès de ses clients, s'impose comme l'actif central de toute stratégie marketing durable.
Après plusieurs reports depuis 2020, Google a acté en avril 2025 le maintien des cookies tiers dans Chrome par défaut, renonçant à une suppression généralisée et à l'idée d'une fenêtre de consentement dédiée. Le 17 octobre 2025, Anthony Chavez, vice-président en charge de Privacy Sandbox chez Google, a annoncé la fin du projet, retirant la majorité des API associées (Topics, Protected Audience, Attribution Reporting) de Chrome comme d'Android.
Cette décision technique ne change pas la dynamique de fond, qui repose sur trois facteurs indépendants du navigateur :
Le cookie tiers reste donc disponible techniquement, mais de moins en moins fiable comme socle de mesure et de ciblage.
En France, la CNIL maintient une pression forte sur le sujet. Le 1er septembre 2025, elle a infligé deux amendes pour non-respect des règles sur les cookies : 325 millions d'euros à Google et 150 millions d'euros à SHEIN, ce dernier pour avoir déposé des traceurs publicitaires sans consentement valable sur un site visité par 12 millions d'internautes français chaque mois.
Les manquements relevés dans ces décisions restent les plus fréquemment sanctionnés en général : cases pré-cochées, absence de bouton "Tout refuser" aussi visible que "Tout accepter", ou poursuite du dépôt de cookies après un retrait de consentement.
Autrement dit, la conformité du recueil de consentement n'est pas une option secondaire dans une stratégie first-party : c'est un prérequis, sous peine de sanction directe.
Au-delà de la contrainte réglementaire, la donnée first-party représente un avantage compétitif mesurable :
Le marché reflète cette bascule : selon certaines estimations, celui des Customer Data Platforms pourrait passer de 9,72 milliards de dollars en 2025 à plus de 37 milliards d'ici 2030, porté par une phase de consolidation marquée par plusieurs acquisitions en 2025.
Toutes les entreprises n'ont pas besoin du même dispositif technique. Trois approches coexistent, selon le volume de données et la complexité du parcours client.
Le CRM comme socle. Pour une entreprise B2B ou une PME avec un volume de données maîtrisable, le CRM existant (HubSpot, Salesforce) peut suffire à unifier les données propriétaires, sans investissement supplémentaire dans une plateforme dédiée.
La CDP dédiée. Pour un acteur multicanal à volume conséquent, une Customer Data Platform (Twilio Segment, Bloomreach, Salesforce Data 360) collecte les événements en temps réel et construit des profils clients unifiés à partir de toutes les sources : site, application, programme de fidélité, service client.
La CDP composable. Approche plus récente : exploiter la donnée directement depuis le data warehouse, sans la dupliquer, grâce à des outils de Reverse ETL comme Hightouch ou Census. C'est un modèle qui gagne du terrain dans l'univers des CDP, car il évite la prolifération de copies de données et s'appuie sur une architecture déjà en place — Hightouch a d'ailleurs été distingué dans le Gartner Magic Quadrant CDP 2026.
Construire un socle first-party ne suffit pas : encore faut-il pouvoir l'activer auprès des régies publicitaires. C'est le rôle des API de conversion (Meta Conversions API, Google Enhanced Conversions, TikTok Events API) qui transmettent les audiences propriétaires directement aux plateformes publicitaires, sans passer par un cookie tiers.
Le tracking server-side vient renforcer ce dispositif : en envoyant les données depuis le serveur de l'entreprise plutôt que depuis le navigateur, il échappe aux limitations des bloqueurs de publicité et aux restrictions ITP des navigateurs, tout en offrant un signal plus durable et plus fiable qu'un tracking côté client.
Avant de choisir un outil, deux chantiers priment sur tout le reste.
Le premier est la conformité. Cartographier vos sources de données propriétaires (site, application, CRM, programme de fidélité, service client) ne sert à rien si le recueil du consentement ne tient pas la route face à un contrôle CNIL. Ce n'est pas une étape parmi d'autres, c'est le prérequis qui conditionne tout le reste.
Le second est l'architecture. Une fois le consentement sécurisé, le choix entre CRM renforcé, CDP dédiée et CDP composable dépend uniquement de votre volume de données et de la complexité de vos canaux, jamais d'un effet de mode technologique.
Le cookie tiers n'a pas encore disparu, mais sa portée continue de s'éroder sous l'effet combiné des navigateurs, des comportements de consentement et d'un cadre réglementaire de plus en plus strict. Dans ce contexte, la first-party data n'est plus seulement une réponse à une contrainte technique : c'est un actif stratégique que les entreprises les mieux préparées exploitent déjà pour améliorer leur acquisition et leur rétention.
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